Heureux soient les défauts de jeunesse

Nous avons laissé l’Ultra-Trail du Mont-Blanc deux mois derrière nous, cet événement incontournable du trail, le rendez-vous mondial des meilleurs coureurs, en ce lieu emblématique désigné comme la capitale du trail-running, j’ai nommé Chamonix. Bien. Le week-end prochain aura lieu la Grande Course des Templiers, qui se déroule autour… de la capitale mondiale du trail-running, dixit ses organisateurs, Millau. Bon sang ! Chamonix ou Millau ? Les Alpes ou les Causses ? Et si c’était… à La Réunion, où va se dérouler, ce week-end aussi, l’épreuve d’envergure internationale que tout le monde va suivre avec la plus grande des impatiences, la Diagonale des Fous, que se situait le berceau du trail ? Quoi ? On me signale dans l’oreillette que les Championnats du Monde de trail-running se tiennent… le week-end prochain au Portugal ?! Fichtre ! C’est à en perdre son latin… Bon, finalement, dans tout ce fourbi, qui a la plus grosse ?

Voilà plus de douze ans que nous suivons le petit monde (car c’en est encore un, pour le moment) du trail et de l’ultra chez Ultrafondus puis Ultramag. Alors certes, on ne peut que constater une sacrée croissance de la discipline : il y a plus de marques, plus de sportifs élite, plus de sponsors, plus de coachs, plus de plans d’entraînement, plus d’épreuves, plus de blogs, plus d’internationalisation, plus de magazines, plus de sites pour aider les coureurs, plus de coureurs, plus de fédérations, plus de calendriers… Plus de tout.

On pourrait penser que cette croissance dans les chiffres s’est accompagnée d’une croissance dans la structuration de la discipline ; mais non ! Il y a bien l’International Trail Running Association qui essaie de réguler la discipline au niveau international, et la Fédération Française d’Athlétisme au niveau national, mais ce n’est que partiel. Les uns et les autres ont du mal à s’entendre sur des définitions, des périmètres. Sur l’importance des épreuves. Sur les « standards » qu’elles devraient remplir. Des querelles de clochers sont engagées depuis des années, les malentendus s’accumulent, les uns surfent sur les maladresses des autres. Il y a donc de tout, sous toutes les formes. Y compris dans les circuits de trail-running : Ultra-Trail World Tour, Challenge Salomon, Ultra Mountain National Tour, Skyrunning, Trail Tour National, sans compter les challenges locaux (du sud-est…)… Et puis bien sûr il y a les Championnats de France, du Monde. C’est le souk !

Mais ce souk… C’est la vie ! Nous, chez Ultramag, on adore qu’il y ait des épreuves comme l’UTMB, le GRR ou les Templiers, on adore aussi qu’il y ait des Championnats du Monde, et tout autant qu’il y ait des courses comme les Hospitaliers, Le Puy-Firminy, ou  le Grand Raid 73 ! Des milliers de passionnés rassemblés pour en baver sur des sentiers réputés, c’est génial, mais une poignée de passionnés qui partagent un café à cinq plombes du mat’ avant de s’enfiler des dizaines de kilomètres de sentiers paumés dans une région reculée, dans le plus parfait anonymat, c’est génial aussi ! Et tout autant que d’assister au « combat » des meilleurs (ou tout du moins des meilleurs parmi les candidats) pour décrocher un titre mondial !

Le trail est tout sauf uniforme, c’est aussi ça qui le définit et qui fait sa force ; alors vouloir le lisser, dire « le trail c’est comme ça », ou « la capitale c’est ici », ou « l’esprit-trail, c’est ça », c’est juste bidon : à chacun de vivre sa pratique, sans juger celle des autres. À condition de respecter les autres « usagers » des espaces naturels, et les espaces naturels eux-mêmes !

• Photo : Jordan Whitt

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